A Madagascar il fut un temps où circulaient quelques trains, certes on ne parle pas d’un réseau ferroviaire développé comme dans nos contrées mais néanmoins il existait. Il résultait de l’influence française exercée sur cette île jadis, tout comme la langue française que les enfants apprennent encore aujourd’hui à l’école.
A ce jour, il en subsiste un reliquat, un dernier tronçon long de 163 km entre Fianarantsoa et Manakara qui est toujours en activité. Il circule 2 fois par semaine et fait la joie des touristes mais surtout il fait office de seule liaison pour certains villages reculés et égarés en pleine nature à l’écart de toutes autres voies de communication.
163 km et 18 gares, on se dit que ça parait une promenade qui promet un joli dépaysement et une chouette expérience.
Forts des recommandations de diverses âmes bienpensantes ayant déjà gouté aux joies du train malgache, nous nous rendons à la gare de Fianarantsoa pour y acheter nos billets pour le lendemain…1ère classe, c’est une obligation pour les touristes…Soit, on obtempère et réglons les précieux sésames.
On nous met en garde : « Soyez ponctuels, le train part à 07h00 ! »
On se dit dans nos têtes que la ponctualité est une valeur que nous partageons, c’est presque une marque de fabrique chez nous et que nous ne voudrions en aucun cas manquer le départ.
Le lendemain le réveil sonne tôt et nous tire des bras de Morphée alors que les premières lueurs du jour n’ont même pas commencé à poindre à l’horizon.
On avale notre petit déjeuner et on fait un saut à la boulangerie auprès de laquelle nous avions commandé quelques sandwiches pour le voyage, en effet, le wagon-restaurant ou le petit charriot mini bar à roulettes des CFF n’existent pas par ici…et finalement c’est bien ainsi !
On accède au quai une bonne demi-heure avant le départ (on a suivi la recommandation!), le chef du train qui est contrôleur et mécanicien nous indique notre wagon et nos places. En pénétrant dans le wagon pourtant affublé du logo de la compagnie ferroviaire malgache, un air de déjà vu nous saisi…
Mais oui! Bon sang ne saurait mentir, c’est bel et bien un wagon suisse, les photos de la Jungfrau et du Cervin encore accrochées en apportent la preuve irréfutable et finale.
Bon d’accord, il n’est pas rutilant mais c’est aussi ça qui fait son charme. Ce ne sont pas les rames de la dernière commande des CFF mais plutôt celles des années 50 et on comprend rapidement que le terme 1ère classe désigne uniquement la valeur de notre ticket et concrétise le soutien des touristes à ce moyen de locomotion unique sur l’île.
7 heures tapantes, la vieille locomotive diesel sort de sa torpeur et siffle quelques fois. Le train est sur le point de démarrer, sans grand étonnement de notre part car nous avons pu expérimenter et constater que par ici aussi les gens sont toujours aux rendez-vous aux heures convenues.
Le train s’ébranle et s’élance sur les rails fatigués et plus qu’usés. « Clong-clong » à chaque jointure de rails, les roues couinent et sifflent, le train balance et se meut péniblement dans un joyeux tumulte…Très vite, on comprend qu’il a atteint sa vitesse de pointe sans avoir réellement accéléré…
Une trentaine de minutes plus tard, arrive le 1er arrêt et c’est alors que tout s’anime en bordure des voies, des femmes proposent des fruits, d’autres des cacahuètes, des beignets ou encore des mets typiques et locaux, le tout dans des grands paniers savamment posés en équilibre sur leur tête. Des enfants par dizaines courent le long des rails, ils vendent des « boissons fraîches » ou récupèrent des bouteilles en PET vides. Le train qui passe, c’est un vrai spectacle et c’est aussi le moyen de subsister pour certains!
Arrêt d’environ un quart d’heure et c’est reparti, on coche sur notre titre de transport (sur lequel est détaillé avec précision le parcours qui nous attend) la 1ère gare histoire de se rappeler où on en est…Il reste alors 16 arrêts.
Soudain, le convoi freine (pas un freinage d’urgence…à cette vitesse!).
Est-ce une gare ? Pas sûr, on est en pleine nature. Il s’arrête, repart avec saccades et atteint néanmoins péniblement la gare suivante.
En regardant par la fenêtre on constate qu’une ribambelle d’enfants tout sourire remonte le long des voies en courant et portant une lourde pièce métallique…Une pièce s’est détachée d’un wagon!
Branle-bas de combat, le chef de train, contrôleur et mécanicien prend les chose en main. Un cric est installé sous le wagon en question, on le soulève et on répare ce qui doit l’être dans un joyeux désordre animé.
Tout le monde sort du train, chacun va s’enquérir de la situation et y va de son explication ou ses conseils avisés sous le regard amusé des habitants du coin accourus en nombre pour voir l’attraction du jour.
Deux heures plus tard, le train est… réparé! Il se remet en marche…l’aventure continue.
Et c’est ainsi que les gares se succèdent et les paysages magnifiques aussi. Ils sont variés tantôt faits de bananeraies, de rizières et soudain d’une montagne vertigineuse avec une cascade d’eau claire à la sortie d’un tunnel puis d’une grande plaine suivie d’une forêt impénétrable, dense et luxuriante dont les branches des arbres frottent et griffent les flancs des wagons…
Le train mettra 18 heures 30 pour rallier sa destination finale !
Il a fait des arrêts imprévus (des zébus trainaient sur les voies ou le pilote de la loco connait quelqu’un par ici…), du coup on était complètement perdu dans notre décompte de kilomètres avalés et de gares traversées.
Les arrêts dans les gares sont devenus longs voire interminables pour cause de déchargements et chargements (sans machine bien sûr, tout est transporté à dos d’hommes) on sort des zébus, des tôles, du bois et autres biens vitaux pour ces villages coupés de tout et survivant grâce au chemin de fer.
C’est à 1heure 30 du matin que nous quittons notre moyen de locomotion en ayant conscience d’avoir vécu une expérience cocasse, complètement irréaliste et haute en couleurs.





J’adore! J’ai l’impression d’y être… merci pour ce chouette partage! Quelle belle aventure…
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Magnifique ! C’est top de pouvoir vous lire et très joli récit.
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Merci
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ça fait du bien de vous voir les garçons ! Quelle aventure ce train!
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Ils sont contents d’avoir de tes nouvelles…
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